Depuis 2018, un handicap stable ouvre des droits sans limitation de durée, mais seulement à partir de 80 % d’incapacité ; en dessous, il faut refaire le dossier tous les deux à cinq ans. Un décret du 30 mars 2026 a abaissé ce seuil à 50 % pour les enfants. Dans le même temps, les maisons départementales décident sur des pièces que le demandeur fournit lui-même, sans aucun recoupement, et les caisses qui paient ne contrôlent jamais l’éligibilité. Cette fiche propose deux mesures : le seuil de 50 % pour les adultes, et la vérification systématique de l’éligibilité sur les données de l’assurance maladie. Moins de dossiers pour les handicaps stables, un vrai contrôle pour tous.
En 2019, cinq cent trente et une contributions au Grand Débat national parlaient des maisons départementales des personnes handicapées, et disaient toutes la même chose : « Je suis paraplégique depuis quinze ans et pourtant la MDPH me redemande pour chaque dossier un dossier médical pour justifier de mon handicap, au cas où entre-temps un miracle serait survenu » 1. Depuis, le droit a changé au-dessus d’un seuil, et il n’a pas changé en dessous. Et personne, ni avant ni après, ne vérifie ce que le dossier contient.
Le constat
Des droits à vie, mais à partir de 80 %. Depuis décembre 2018, la carte mobilité inclusion, la reconnaissance de travailleur handicapé, l’allocation aux adultes handicapés puis la prestation de compensation peuvent être attribuées sans limitation de durée lorsque le taux d’incapacité atteint 80 % et que l’état n’est pas susceptible d’évolution favorable ; la prorogation se fait sans nouvelle demande 23. Entre 50 et 79 %, l’allocation aux adultes handicapés est accordée pour un à deux ans, cinq au plus si le handicap « n’est pas susceptible d’une évolution favorable » : le droit admet que l’état est définitif, et impose quand même de refaire le dossier 4. Le 30 mars 2026, un décret a abaissé le seuil à 50 % pour l’allocation d’éducation de l’enfant handicapé, en l’absence de perspective d’amélioration 5. Un enfant à 50 % sans perspective d’amélioration a des droits à vie ; un adulte dans la même situation refait son dossier tous les cinq ans.
Des maisons départementales saturées. 1,8 million de personnes déposent au moins une demande dans l’année ; le délai moyen était de 4,7 mois en 2023 et de 5,0 mois fin 2024, 6,1 mois pour la prestation de compensation, de 2,5 à 16 mois selon le département, pour un délai réglementaire de quatre mois qui, selon la Cour des comptes, « n’a jamais pu être respecté sur la décennie écoulée » 67. Le droit existant y est appliqué de façon inégale : la part de reconnaissances de travailleur handicapé attribuées à vie va de 10 % dans les Alpes-Maritimes à 90 % en Vendée, pour 52 % en moyenne 8. L’Assemblée nationale constate en juillet 2025 que les droits à vie « ne sont malheureusement pas effectifs partout » 9, le Défenseur des droits des baisses de taux « sans motivation » à situation inchangée 10.
Et personne ne vérifie l’éligibilité. La Cour des comptes l’écrit : les équipes des maisons départementales se prononcent « sur la base quasi-exclusive de documents déclaratifs », le formulaire et le certificat du médecin choisi par le demandeur, « qui ne font l’objet d’aucun mécanisme de contrôle particulier » ; cette situation « présente un risque de fraude ». Les caisses d’allocations familiales, qui paient, « ne contrôlent que les conditions de ressources ou d’activité, mais pas l’éligibilité » 11. Sur ce seul champ des ressources, 40 662 contrôles en 2018 ont révélé 7 182 indus, soit 18 %, pour 3,8 millions d’euros 11. Sur le handicap lui-même, aucun contrôle, donc aucun chiffre. En décembre 2025, la Cour constate encore l’« absence de politique nationale en matière de contrôle d’effectivité et de lutte contre la fraude » pour la prestation de compensation, chaque département définissant ses propres pratiques 7. L’organisme qui décide ne contrôle rien ; l’organisme qui contrôle ne décide de rien et ne regarde pas le handicap.
L’état du droit
Le dispositif repose sur l’arrêté du 15 février 2019 : absence de possibilité d’évolution favorable à long terme, et taux d’incapacité d’au moins 80 % 12. Les durées d’attribution sont fixées par décret, à l’article R. 821-5 du code de la sécurité sociale pour l’allocation aux adultes handicapés 4 et à l’article R. 541-4 pour l’allocation d’éducation, où le seuil de 50 % vaut depuis le 1er avril 2026 5. Le guide-barème qui sert à fixer le taux, annexe 2-4 du code de l’action sociale et des familles, n’a pas été actualisé depuis 2008 7.
La loi du 25 juin 2026 relative à la lutte contre les fraudes a autorisé les agents des maisons départementales à échanger des informations avec les partenaires de la lutte contre la fraude et a ouvert aux organismes sociaux les bases patrimoniales de l’administration fiscale 13. Elle a organisé le contrôle des ressources ; elle n’a rien prévu sur l’éligibilité médicale, qui reste fondée sur le certificat du médecin traitant. Un formulaire de renouvellement à l’identique est expérimenté depuis mars 2026 dans cinq départements, sous évaluation de la CNSA 14.
Ce qui se fait ailleurs
La comparaison utile est interne. Le législateur a lui-même tranché pour les enfants en mars 2026 : 50 % et absence de perspective d’amélioration suffisent 5. Et les départements offrent une expérience naturelle : même loi, mêmes critères, de 10 % à 90 % de droits à vie selon le lieu 8. Ceux qui appliquent la règle démontrent qu’elle est applicable ; les autres, qu’aucune conséquence n’est attachée à son inapplication.
La proposition
1. Des droits à vie dès 50 %, pour les adultes comme pour les enfants. Les droits et prestations décidés par les commissions et l’allocation aux adultes handicapés sont attribués sans limitation de durée dès 50 % d’incapacité lorsque l’évaluation établit l’absence de possibilité d’évolution favorable à long terme. Cette seconde condition est intégralement maintenue : la mesure ne crée aucun droit nouveau, elle supprime le renouvellement d’un droit déjà reconnu. Une fois constatée, l’absence d’évolution favorable ne peut être remise en cause qu’au vu d’éléments nouveaux, que la commission mentionne dans sa décision.
2. L’éligibilité vérifiée sur les données de l’assurance maladie. Avant toute attribution ou tout renouvellement, l’équipe pluridisciplinaire de la maison départementale confronte le certificat médical aux données de prise en charge détenues par l’assurance maladie : affections de longue durée reconnues, hospitalisations, actes, dispositifs et traitements remboursés. Le dépôt de la demande vaut autorisation de cette consultation, comme il vaut déjà autorisation de vérifier les ressources auprès du fisc. L’accès est réservé aux membres de l’équipe tenus au secret médical, limité aux données nécessaires à l’évaluation, tracé, et interdit au conseil départemental qui finance. Un certificat qui décrit des limitations qu’aucun soin, aucun traitement ni aucune reconnaissance d’affection ne corrobore est instruit par un examen médical de la maison départementale. La mesure sert les deux objectifs : la personne handicapée n’a plus à réunir des comptes rendus que sa caisse possède, et l’évaluateur dispose enfin d’un élément de recoupement là où il n’a aujourd’hui que la parole du demandeur et de son médecin.
Ce que la réforme coûte
La première mesure supprime des instructions dans des services qui ne tiennent pas leur délai depuis dix ans, et maintient des droits à des personnes dont l’état a été jugé définitif ; le volume des sorties de dispositif au renouvellement n’est pas publié, le solde n’est donc pas chiffrable. La seconde suppose un accès informatique entre le système d’information des maisons départementales, que la CNSA administre, et celui de l’assurance maladie ; son coût de développement n’est pas chiffrable à partir des sources de la fiche. Son rendement ne l’est pas davantage, et c’est le point : sur un champ où aucun contrôle n’existe, ni ceux qui affirment que la fraude est marginale ni ceux qui la jugent massive ne disposent d’une mesure. Sur le seul champ contrôlé, les caisses trouvent 18 % d’indus.
Objections prévisibles
« Un taux de 50 % n’est pas un handicap lourd. »
La mesure ne repose pas sur la gravité mais sur la stabilité. Un handicap modéré mais définitif ne justifie pas davantage un réexamen quinquennal qu’un handicap lourd et définitif. C’est ce que le décret de mars 2026 a admis pour les enfants.
« Croiser les données de santé avec un dossier administratif est une intrusion. »
Le demandeur sollicite une prestation fondée sur son état de santé ; que l’organisme qui l’évalue puisse lire ce que la caisse a remboursé n’est pas plus intrusif que le contrôle des ressources auprès du fisc, que la loi de juin 2026 vient d’élargir. Les garanties sont celles du secret médical : accès réservé à l’équipe pluridisciplinaire, traçabilité, aucun accès du financeur.
« Cela supprimera le contrôle. »
C’est l’inverse : aujourd’hui il n’y en a pas. La commission peut réexaminer à tout moment au vu d’éléments nouveaux, et le recoupement avec les données de soins crée l’instrument qui manque. Ce qui disparaît est le réexamen systématique, sur les mêmes pièces déclaratives, d’une question déjà tranchée.
La traduction législative
Exposé des motifs
Depuis 2018, un handicap stable ouvre des droits sans limitation de durée, à condition d’atteindre 80 % d’incapacité. En dessous, l’allocation aux adultes handicapés est accordée pour un à cinq ans, alors même que le droit reconnaît que l’état peut ne pas être susceptible d’évolution favorable. Un décret du 30 mars 2026 a abaissé ce seuil à 50 % pour l’allocation d’éducation de l’enfant handicapé. Le présent texte l’étend aux adultes, sans modifier la condition tenant à l’absence d’évolution favorable, qui reste le seul critère de fond, et supprime ainsi des renouvellements dans des maisons départementales dont le délai réglementaire n’a jamais été tenu.
Il crée dans le même mouvement le contrôle qui n’existe pas. La Cour des comptes constate que les décisions sont prises sur la base quasi exclusive de documents déclaratifs, sans mécanisme de contrôle, et que les caisses ne vérifient que les ressources, jamais l’éligibilité. La loi du 25 juin 2026 a élargi le contrôle des ressources ; le présent texte donne à l’équipe pluridisciplinaire l’accès aux données de prise en charge de l’assurance maladie, sous les garanties du secret médical, afin que tout certificat soit confronté à la réalité des soins. Moins de dossiers pour ceux dont le handicap est établi, un contrôle réel pour tous.
Article 1er
Les droits et prestations mentionnés à l’article L. 241-6 du code de l’action sociale et des familles et l’allocation aux adultes handicapés sont attribués sans limitation de durée lorsque le taux d’incapacité permanente est au moins égal à 50 % et que l’évaluation établit l’absence de possibilité d’évolution favorable à long terme des limitations d’activité ou des restrictions de participation sociale. Lorsque cette absence a été constatée, elle ne peut être remise en cause qu’au vu d’éléments nouveaux, dont la commission fait état dans sa décision.
Portée : transposition aux adultes du décret du 30 mars 2026 ; les articles R. 821-5 du code de la sécurité sociale et R. 241-31 du code de l’action sociale et des familles sont modifiés en conséquence.
Article 2
Après l’article L. 146-8 du code de l’action sociale et des familles, il est inséré un article L. 146-8-1 ainsi rédigé :
« Art. L. 146-8-1. – Pour l’évaluation de toute demande, l’équipe pluridisciplinaire accède aux données relatives à la prise en charge de la personne détenues par les organismes d’assurance maladie, dans la limite de ce qui est nécessaire à l’évaluation. Le dépôt de la demande vaut autorisation de cet accès. Seuls les membres de l’équipe soumis au secret professionnel y procèdent ; chaque consultation est tracée ; les données ne sont communiquées ni à la commission, ni au conseil départemental, ni à l’autorité de tarification. Lorsque les éléments recueillis ne corroborent pas le certificat médical, l’équipe procède ou fait procéder à un examen de la personne. Un décret en Conseil d’État, pris après avis de la Commission nationale de l’informatique et des libertés, fixe la liste des données accessibles et les modalités de l’accès. »
Portée : l’éligibilité est vérifiée pour la première fois sur des données que l’administration détient, avec les garanties du secret médical.
Sources
- 1. Grand Débat national, données ouvertes, réponses à la question sur les règles jugées inutiles ou trop complexes : 531 contributions sur 33 283 portent sur les maisons départementales des personnes handicapées (comptage du site). https://www.data.gouv.fr/datasets/donnees-ouvertes-du-grand-debat-national ↩
- 2. Décret n° 2018-1222 du 24 décembre 2018 portant diverses mesures de simplification dans le champ du handicap (droits sans limitation de durée à partir de 80 %) ; décret n° 2019-1501 du 30 décembre 2019 (prorogation sans nouvelle demande, article R. 146-25-1). https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000037852195 – https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000039696471 ↩
- 3. Loi n° 2020-220 du 6 mars 2020, article 3 (article L. 245-6 du code de l’action sociale et des familles : prestation de compensation sans limitation de durée lorsque le handicap n’est pas susceptible d’évoluer favorablement). https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000041697004 ↩
- 4. Code de la sécurité sociale, article R. 821-5 (version en vigueur depuis le 1er janvier 2020) : allocation sans limitation de durée à partir de 80 % ; pour l’article L. 821-2, période de un à deux ans, jusqu’à cinq ans si le handicap et la restriction d’accès à l’emploi ne sont pas susceptibles d’une évolution favorable. https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000039802699 ↩
- 5. Décret n° 2026-227 du 30 mars 2026 portant simplification des conditions d’attribution de l’allocation d’éducation de l’enfant handicapé (article R. 541-4 du code de la sécurité sociale) : attribution sans limitation de durée dès 50 % en l’absence de perspective d’amélioration, pour les demandes déposées à compter du 1er avril 2026. https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000053734339 ↩
- 6. CNSA, Repères statistiques n° 23, « Attribution des droits par les MDPH en 2023 », 14 avril 2025 : 1,8 million de demandeurs, délai moyen de 4,7 mois, 6,3 millions de personnes disposant d’au moins un droit. https://www.cnsa.fr/publications/rs-ndeg23-attribution-des-droits-par-les-mdph-en-2023 ↩
- 7. Cour des comptes, « La prestation de compensation du handicap », décembre 2025 : délai de 6,1 mois pour la PCH et de 5,0 mois pour l’ensemble des droits fin 2024, de 2,5 à 16 mois selon le département, délai réglementaire de quatre mois qui « n’a jamais pu être respecté sur la décennie écoulée » ; guide-barème « jamais actualisé depuis 2008 » ; « absence de politique nationale en matière de contrôle d’effectivité et de lutte contre la fraude ». https://www.ccomptes.fr/sites/default/files/2025-12/20251203-Prestation-de-compensation-du-handicap-PCH.pdf ↩
- 8. Cour des comptes, « La politique en faveur de l’inclusion dans l’emploi des personnes en situation de handicap », janvier 2026 : reconnaissances de travailleur handicapé attribuées sans limitation de durée de 10 % dans les Alpes-Maritimes à 90 % en Vendée, moyenne de 52 % ; délais de moins de deux mois à plus de dix selon les départements. https://www.ccomptes.fr/sites/default/files/2026-01/20260127-Insertion-dans-l’emploi-des-personnes-en-situation-de-handicap.pdf ↩
- 9. Assemblée nationale, rapport d’information n° 1692 sur l’évaluation de la loi du 11 février 2005, 9 juillet 2025 : les droits à vie « ne sont malheureusement pas effectifs partout ». https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/rapports/cion-soc/l17b1692_rapport-information ↩
- 10. Défenseur des droits, contribution à la mission d’évaluation de la loi du 11 février 2005, 2 avril 2025 : baisses de taux « à situation inchangée », de 80 % à 50-79 %, « sans motivation ». https://www.defenseurdesdroits.fr/sites/default/files/2025-05/ddd_contribution_mission-evaluation-loi-11-fevrier-2005.pdf ↩
- 11. Cour des comptes, « L’allocation aux adultes handicapés », novembre 2019 : décisions prises « sur la base quasi-exclusive de documents déclaratifs » sans « aucun mécanisme de contrôle particulier », « risque de fraude » ; contrôles des caisses limités aux ressources et à l’activité ; 40 662 contrôles en 2018, 7 182 indus (18 %), 3,8 millions d’euros. https://www.ccomptes.fr/system/files/2019-11/20191125-rapport-allocations-adultes-handicapes.pdf ↩
- 12. Arrêté du 15 février 2019 fixant les modalités d’appréciation d’une situation de handicap donnant lieu à une attribution de droits sans limitation de durée : absence de possibilité d’évolution favorable à long terme et taux d’au moins 80 %. https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000038159270 ↩
- 13. Loi n° 2026-534 du 25 juin 2026 relative à la lutte contre les fraudes sociales et fiscales : échanges d’informations des agents des MDPH avec les partenaires de la lutte contre la fraude, accès des organismes sociaux aux bases patrimoniales de la DGFiP. https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000054309429 – https://www.senat.fr/travaux-parlementaires/textes-legislatifs/la-loi-en-clair/projet-de-loi-relatif-a-la-lutte-contre-les-fraudes-sociales-et-fiscales.html ↩
- 14. Arrêté du 20 mars 2026 relatif à l’expérimentation de nouveaux formulaires de demande auprès des MDPH de l’Aveyron, de la Corse, de l’Indre, du Nord et de la Guyane, dossiers reçus jusqu’au 14 juin 2026, évaluation par la CNSA et la DGCS ; IGAS, rapport n° 2023-098R, décembre 2024, recommandation d’un formulaire spécifique aux renouvellements. https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000053743340 – https://www.igas.gouv.fr/accueillir-evaluer-decider-comment-les-maisons-departementales-des-personnes-handicapees-traitent-les-demandes-des-usagers ↩
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