La formation à l’intelligence artificielle devient obligatoire en quatrième et en seconde à la rentrée 2026. Elle prend la forme d’un parcours en ligne de quelques heures centré sur les IA génératives. Rien ne porte sur la robotique, les objets connectés ni les systèmes automatisés qui entourent déjà les élèves, et rien n’existe avant la quatrième.
À la rentrée 2026, tous les élèves de quatrième et de seconde suivront une formation obligatoire à l’intelligence artificielle. Elle durera quelques heures, se fera en ligne, et portera principalement sur les IA génératives : comment formuler une requête, comment fonctionne le modèle, quelles données il consomme, quel est son impact environnemental. C’est utile et c’est mieux que rien. Mais un élève de quatrième vit déjà entouré de systèmes automatisés qui ne sont pas des IA génératives : un algorithme de recommandation, une enceinte connectée, un système de recommandation de contenus, un objet qui remonte des données sans qu’il le sache. Rien ne lui en parle. Et rien ne lui en aura parlé avant la quatrième.
Le constat
Deux parcours de formation à l’intelligence artificielle sont accessibles depuis le 5 février 2026 à tous les collégiens et lycéens volontaires, et deviennent obligatoires à compter de la rentrée 2026 pour les élèves de quatrième, de seconde générale et technologique et de première année de certificat d’aptitude professionnelle. Plus d’un million et demi d’élèves sont concernés chaque année 12.
Leur contenu est documenté : évaluation initiale des connaissances puis programme personnalisé comportant des modules sur les bases de la formulation de requêtes, le fonctionnement des intelligences artificielles génératives, la gestion des données et les impacts environnementaux, l’objectif étant que les élèves maîtrisent la gestion de leurs données personnelles et développent un regard critique 34. La formation dure quelques heures 3.
Ce dispositif répond à un usage massif et déjà installé : 90 % des élèves de seconde déclarent avoir utilisé l’intelligence artificielle pour leurs devoirs 1.
Trois manques apparaissent, et ils sont de nature différente.
Le premier est le périmètre. Le dispositif porte sur les intelligences artificielles génératives, c’est-à-dire sur celles que l’élève utilise volontairement. Il ne porte ni sur la robotique, ni sur les objets connectés, ni sur les systèmes de recommandation et de décision automatisée, c’est-à-dire sur celles qui s’appliquent à lui sans qu’il les sollicite.
Le deuxième est l’âge d’entrée. Rien n’existe avant la classe de quatrième, alors que l’exposition aux systèmes automatisés commence bien plus tôt et que la France a par ailleurs fait le choix d’interdire l’intelligence artificielle générative à l’école primaire 5.
Le troisième est la nature du dispositif. Un parcours en ligne de quelques heures, suivi une fois dans une scolarité, n’est pas un enseignement. Il complète utilement les programmes ; il ne les remplace pas. Or les programmes de sciences numériques et technologie et de numérique et sciences informatiques datent de 2019 et ne mentionnent l’intelligence artificielle qu’une fois chacun 6.
L’état du droit
Les programmes de sciences numériques et technologie, en seconde, et de numérique et sciences informatiques, en première et terminale, ont été publiés en 2019 6.
Le parcours de formation et de sensibilisation à l’intelligence artificielle est rendu obligatoire par le Bulletin officiel de l’Éducation nationale du 5 février 2026 pour les élèves de quatrième, de seconde et de première année de certificat d’aptitude professionnelle, sa mise en œuvre étant engagée progressivement dès l’année scolaire 2025-2026 17.
Le ministère a publié un cadre d’usage de l’intelligence artificielle en éducation, et l’inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche a remis en mai 2025 un rapport sur l’intelligence artificielle dans les établissements scolaires, fondé notamment sur une consultation de 4 943 enseignants de cinq académies 5.
L’obligation de formation ne se limite d’ailleurs pas à l’école. L’article 4 du règlement européen sur l’intelligence artificielle impose depuis le 2 février 2025 à tout employeur d’assurer un niveau suffisant de maîtrise de l’intelligence artificielle à son personnel 8. La question posée à l’école est donc la même que celle posée au monde du travail, et elle fait l’objet d’une proposition distincte.
Ce qui se fait ailleurs
Trois stratégies nationales cohérentes coexistent, et le choix entre elles est politique.
La Finlande n’a pas créé de matière dédiée et intègre la littératie critique aux disciplines existantes dès le plus jeune âge, tout en développant le cours Elements of AI, conçu par l’Université d’Helsinki, achevé par 1 % de sa population et étendu ensuite à vingt-deux pays européens 9.
La Chine et les Émirats arabes unis ont rendu l’enseignement de l’intelligence artificielle obligatoire de la maternelle au lycée dès la rentrée 2025. L’Estonie a privilégié l’accès aux outils, avec un déploiement engagé en septembre 2025 auprès de vingt mille lycéens et trois mille enseignants. Singapour impose un certificat en intelligence artificielle à tous les futurs enseignants. Le Japon a formé cinquante mille enseignants et a fait le choix de montrer d’abord aux élèves les erreurs de la machine avant de leur en confier l’usage 10.
Cette dernière approche mérite d’être relevée, car elle rejoint exactement l’objectif poursuivi ici : faire comprendre que la machine est un outil faillible que l’on dirige, et non un oracle.
Ces éléments comparatifs proviennent d’une source secondaire agrégeant les stratégies nationales, et sont présentés comme tels. Ils donnent des ordres de grandeur et une orientation générale, non des données vérifiées État par État. La proposition ne s’appuie sur aucun de ces chiffres.
La proposition
Passer de la formation à l’usage des IA génératives à l’enseignement de la maîtrise des systèmes automatisés, et commencer plus tôt.
La première mesure élargit le périmètre. L’enseignement porte sur les systèmes automatisés dans leur ensemble : intelligence artificielle générative, mais aussi systèmes de recommandation et de décision automatisée, robotique, objets connectés et traitement de données massives. Le fil directeur n’est pas la technologie mais la question posée à l’élève : qu’est-ce que cette machine décide à ma place, sur la base de quelles données, et comment puis-je le savoir.
La deuxième mesure fait descendre l’entrée en matière. Dès l’école élémentaire, sans écran supplémentaire et sans recours à l’intelligence artificielle générative dont l’usage demeure exclu à ce niveau, les élèves sont initiés à la notion de règle automatique et de donnée personnelle par des activités débranchées : suivre et écrire une suite d’instructions, comprendre qu’un objet peut enregistrer et transmettre, distinguer ce qui est public de ce qui ne l’est pas.
La troisième mesure remplace l’apprentissage de la requête par l’apprentissage de la vérification. L’exercice central n’est pas d’obtenir une réponse d’une machine, mais de la contrôler : identifier une erreur, retrouver une source, repérer une affirmation invérifiable. C’est la seule compétence qui ne sera pas périmée par la version suivante de l’outil.
La quatrième mesure inscrit ces contenus dans les programmes plutôt qu’à côté d’eux. Ils constituent l’annexe technique révisable annuellement dont l’institution fait l’objet d’une proposition distincte, faute de quoi ils resteront un parcours périphérique juxtaposé à des programmes datant de 2019.
La cinquième mesure conditionne toutes les autres. Aucun de ces contenus n’est enseignable sans enseignants formés. Une obligation de formation initiale et continue est instituée pour les professeurs des disciplines concernées, et son état d’avancement est rendu public annuellement, faute de quoi la mesure restera déclarative.
Ce que la réforme coûte
Le poste principal est la formation des enseignants, et il est réel. Les contenus eux-mêmes ne créent pas d’enseignement nouveau et n’ajoutent pas d’horaire : ils redéfinissent des contenus existants et étendent un parcours déjà financé dans le cadre du programme d’investissement France 2030. Le montant dépend entièrement du volume de formation retenu, qui est un arbitrage politique, et ne peut être avancé avant qu’il ne soit fixé.
Objections prévisibles
« Tout cela existe déjà avec le parcours en ligne. »
Le parcours existe et il est utile. Il dure quelques heures, se suit une fois, et porte sur les IA génératives. Ce n’est ni le même périmètre, ni le même âge d’entrée, ni la même nature qu’un contenu de programme.
« On va encore alourdir les programmes. »
La proposition n’ajoute pas d’horaire. Elle substitue des contenus à d’autres à l’intérieur d’enseignements existants, et c’est précisément pour permettre cette substitution rapide que l’annexe technique révisable est proposée par ailleurs.
« Enseigner cela à l’école élémentaire, c’est mettre les enfants devant des écrans plus tôt. »
Les activités proposées à ce niveau sont explicitement débranchées et l’interdiction de l’intelligence artificielle générative en primaire est maintenue. Comprendre qu’une machine suit des règles ne suppose pas d’utiliser une machine.
« Les enseignants ne sont pas formés. »
C’est exact, et c’est pourquoi la cinquième mesure en fait une condition et non un accompagnement. Une réforme de contenu sans formation des enseignants est une réforme qui n’aura pas lieu.
« Ces contenus seront périmés dans deux ans. »
Certains le seront, et c’est pourquoi le fil directeur retenu n’est pas la technologie mais la question posée à l’élève sur ce que la machine décide à sa place. La capacité de vérifier survivra aux outils.
La traduction législative
L’essentiel de ces mesures relève des programmes, donc du pouvoir réglementaire. La proposition prend la forme d’une disposition-cadre et d’obligations de compte rendu.
Article 1er
La formation dispensée aux élèves en matière de technologies numériques porte sur les systèmes automatisés dans leur ensemble, notamment les systèmes d’intelligence artificielle, les systèmes de recommandation et de décision automatisée, les systèmes robotiques, les objets connectés et le traitement de données à caractère personnel.
Elle a pour objet de permettre à l’élève d’identifier les décisions prises par un système automatisé, les données sur lesquelles elles reposent et les moyens d’en vérifier le résultat.
Article 2
Une initiation aux notions de règle automatique, de donnée à caractère personnel et de vérification d’une information est dispensée à l’école élémentaire. Elle ne recourt pas aux systèmes d’intelligence artificielle générative.
Article 3
La formation initiale et continue des enseignants des disciplines concernées comporte un module relatif aux contenus mentionnés à l’article 1er.
Le ministre chargé de l’éducation nationale publie chaque année le nombre d’enseignants ayant suivi cette formation, par discipline et par académie.
Exposé des motifs
À compter de la rentrée 2026, tous les élèves de quatrième, de seconde et de première année de certificat d’aptitude professionnelle suivent une formation obligatoire à l’intelligence artificielle, portant sur les intelligences artificielles génératives et durant quelques heures. Plus d’un million et demi d’élèves sont concernés chaque année, et 90 % des élèves de seconde déclarent déjà utiliser ces outils pour leurs devoirs.
Ce dispositif laisse trois questions ouvertes. Il ne porte pas sur les systèmes automatisés que l’élève ne sollicite pas et qui s’appliquent pourtant à lui, systèmes de recommandation, robotique, objets connectés. Il ne commence qu’en quatrième. Et il s’ajoute à des programmes publiés en 2019, qui ne mentionnent l’intelligence artificielle qu’une seule fois chacun.
La présente proposition élargit l’objet de l’enseignement aux systèmes automatisés dans leur ensemble, l’organise autour de la question de savoir ce que la machine décide à la place de l’élève, introduit une initiation débranchée dès l’école élémentaire sans recourir à l’intelligence artificielle générative, et fait de la formation des enseignants une condition assortie d’un compte rendu annuel.
Elle n’ajoute aucun horaire et ne crée aucun enseignement nouveau.
Sources
- 1. Pix, sur l’ouverture des parcours, leur caractère obligatoire au titre du Bulletin officiel du 5 février 2026, le volume d’élèves concernés et la proportion d’élèves de seconde utilisant l’intelligence artificielle pour leurs devoirs. https://pix.fr/actualites/intelligence-artificielle-parcours-apprenants-enseignement-scolaire-2026/ ↩
- 2. Éduscol, sur le caractère obligatoire du parcours à compter de la rentrée 2026. https://eduscol.education.gouv.fr/6702/les-intelligences-artificielles-et-leurs-usages-en-education ↩
- 3. Ministère de l’Éducation nationale, sur le contenu des modules, l’évaluation initiale et la durée de la formation. https://www.education.gouv.fr/intelligence-artificielle-au-service-de-l-education-des-mesures-ambitieuses-pour-accompagner-les-462591 ↩
- 4. Ministère de l’Éducation nationale, sur les objectifs de maîtrise des données personnelles et de regard critique. https://www.education.gouv.fr/creation-du-comite-d-anticipation-en-education-et-deploiement-du-parcours-pix-ia-l-ecole-se-prepare-468899 ↩
- 5. Laboratoire de la société numérique, dossier de rentrée 2025, sur le cadre d’usage ministériel et sur le rapport de l’inspection générale de mai 2025. https://labo.societenumerique.gouv.fr/fr/articles/dossier-rentr%C3%A9e-scolaire-2025-enseigner-et-apprendre-%C3%A0-lheure-des-ia-et-de-lencadrement-des-usages-num%C3%A9riques/ ↩
- 6. Café pédagogique, sur les programmes de 2019 et l’occurrence unique de l’intelligence artificielle dans chacun d’eux. https://www.cafepedagogique.net/2026/06/23/enseigner-lia-au-lycee-annonce-ou-reelle-evolution/ ↩
- 7. Ministère de l’Éducation nationale, sur la mise en œuvre progressive engagée dès l’année scolaire 2025-2026. https://www.education.gouv.fr/l-utilisation-du-numerique-l-ecole-12074 ↩
- 8. Sur l’article 4 du règlement (UE) 2024/1689 et son entrée en application le 2 février 2025. https://www.capstan.fr/articles/2692-formation-des-salaries-a-lia-5-questions-sur-vos-obligations-demployeur/ ↩
- 9. ActuIA, sur le cours Elements of AI et son extension européenne. https://www.actuia.com/actualite/elements-of-ai-la-finlande-vise-a-former-les-citoyens-europeens-aux-bases-de-lintelligence-artificielle/ ↩
- 10. Comparaison des stratégies nationales d’enseignement de l’intelligence artificielle, notamment chinoise, émirienne, estonienne, singapourienne et japonaise. Source secondaire, citée comme telle et à confirmer par les sources primaires. https://www.profexpress.com/intelligence-artificielle/ia-a-lecole-6-pays-6-strategies-et-nous/ ↩
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