Devenir actionnaire des vainqueurs plutôt que financer un rattrapage perdu

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La France portera sa contribution à l’Agence spatiale européenne à 3,6 milliards d’euros pour 2026-2028, l’Union européenne annonce 200 milliards pour l’intelligence artificielle, et l’écart avec les États-Unis et la Chine ne se referme pas. Un pays a choisi une autre voie : la Norvège détient en moyenne 1,5 % de toutes les sociétés cotées du monde, dont désormais SpaceX, et a dégagé 184 milliards de dollars de bénéfice sur un exercice. La fiche propose de cesser de financer un rattrapage que personne ne mesure, et d’acheter des parts de ceux qui ont gagné.

Effet budgétaireEffet à chiffrerAucune économie n’est annoncée et aucun rendement n’est promis, ce qui serait malhonnête s’agissant d’un placement en actions. La proposition est un redéploiement à somme nulle sur le budget : les crédits aujourd’hui consacrés à tenter le rattrapage financent l’acquisition de parts au lieu de financer des programmes concurrents. Le seul ordre de grandeur disponible est celui du flux redéployable : la contribution française à l’Agence spatiale européenne représente 3,6 milliards d’euros sur trois ans, soit environ 1,2 milliard par an, et le volet intelligence artificielle de France 2030 environ 2,5 milliards au total. Un portefeuille alimenté à ce rythme atteindrait de l’ordre de 12 milliards d’euros en dix ans hors performance, calcul du site. C’est environ 0,7 % de la taille du fonds norvégien, et cette proportion commande tout le reste de la fiche.

Depuis quinze ans, l’Europe finance des programmes destinés à rattraper les États-Unis puis la Chine dans le lancement spatial et l’intelligence artificielle. L’écart ne s’est pas refermé. Pendant ce temps, un pays européen a fait un autre choix, sans jamais le présenter comme une doctrine : la Norvège n’a pas tenté de bâtir un concurrent de SpaceX, elle en a acheté des actions. Son fonds souverain détient une part moyenne de 1,5 % dans toutes les sociétés cotées de la planète et a dégagé 184 milliards de dollars de bénéfice sur un exercice. La présente fiche propose de prendre acte de l’écart plutôt que de continuer à le nier, de cesser d’ouvrir des programmes de rattrapage sans l’avoir mesuré, et de consacrer les mêmes crédits à devenir actionnaire des sociétés qui ont gagné. Elle dit aussi, sans détour, ce que cette position permet et ce qu’elle ne permet pas.

Le constat

Ce que nous dépensons à rattraper

La conférence ministérielle de l’Agence spatiale européenne, réunie à Brême les 26 et 27 novembre 2025, a porté le budget de l’agence à 22 milliards d’euros pour la période 2026-2028, contre 16,9 milliards pour 2022-2025, soit une progression de 30 %. La contribution française passe de 3,2 à 3,6 milliards d’euros sur la même période 7.

La constellation IRIS², conçue comme la réponse européenne à Starlink, mobilise 2,4 milliards d’euros de l’Union européenne jusqu’en 2027, 600 millions de l’Agence spatiale européenne et 300 millions de la France 8.

Sur l’intelligence artificielle, le plan France 2030 consacre près de 2,5 milliards d’euros à ce champ 9. À l’échelle européenne, l’initiative InvestAI annonce la mobilisation de 200 milliards d’euros sur cinq ans, dont un fonds de 20 milliards destiné à déployer quatre à cinq usines de calcul, chacune dotée de plus de cent mille processeurs de dernière génération 10.

Ces montants sont considérables et ils sont engagés. Aucun d’eux n’est accompagné d’une mesure publique de l’écart qu’il est censé réduire, ni d’un critère qui permettrait de constater un jour qu’il a été réduit.

Ce que font ceux d’en face

SpaceX est entrée en bourse le 12 juin 2026, au prix d’introduction de 135 dollars par action, l’action ouvrant à 150 dollars et clôturant sa première séance autour de 161 dollars 1. Sa filiale Starlink a produit environ 10,6 milliards de dollars de revenus en 2025, sur un total de 18,67 milliards pour l’ensemble du groupe 1.

Unitree, le fabricant chinois de robots de Hangzhou, a été introduit le 19 août 2026 au marché STAR de la Bourse de Shanghai, sous le code 688836, au prix de 150,80 yuans par action. La souscription des particuliers a dépassé huit mille fois l’offre. L’action a clôturé sa première séance en hausse de plus de 460 %, à 845 yuans, l’opération ayant levé environ 6,1 milliards de yuans 2.

Le fait à retenir n’est pas la performance boursière, qui n’engage personne et qui peut se retourner. C’est que ces sociétés sont désormais cotées, donc accessibles à tout investisseur, y compris public, sans négociation préalable ni autorisation de leurs dirigeants.

Ce que fait la Norvège

Le fonds souverain norvégien, géré par Norges Bank Investment Management, détient une participation dans environ 7 100 sociétés et, en moyenne, 1,5 % de l’ensemble des sociétés cotées dans le monde 3.

En août 2026, il a publié un bénéfice de 184 milliards de dollars sur l’exercice et révélé pour la première fois détenir une participation dans SpaceX 6.

La Norvège n’a financé aucun concurrent européen à SpaceX. Elle en est actionnaire.

Ce que cette position ne donne pas

C’est le point que la fiche doit poser avant de proposer quoi que ce soit, parce qu’il détermine la rédaction de tout ce qui suit.

Le mandat du fonds norvégien lui interdit de détenir plus de 10 % des droits de vote d’une société, hors sociétés foncières cotées 4. Le fonds se définit comme un investisseur financier. Son moyen d’action sur les entreprises est l’assemblée générale, où il vote systématiquement, et le dialogue actionnarial ; il agit en actionnaire minoritaire et cherche à ce que les conseils rendent des comptes aux actionnaires, non à y siéger 5.

Autrement dit : le plus grand fonds souverain du monde, avec deux mille milliards de dollars et une part dans presque toutes les sociétés cotées, n’obtient pas de siège au conseil d’administration des grandes capitalisations. Non par timidité, mais parce que la taille requise pour l’obtenir n’existe pas à cette échelle.

Une comparaison chiffrée fixe l’ordre de grandeur pour la France. Un fonds alimenté par le redéploiement des crédits actuels, de l’ordre de 1,2 milliard d’euros par an, atteindrait environ 12 milliards en dix ans hors performance, calcul du site. C’est de l’ordre de 0,7 % de la taille du fonds norvégien.

Il faut en tirer la conséquence honnêtement. Un siège au conseil d’administration de SpaceX, de Tesla ou de Nvidia est hors d’atteinte pour la France, seule ou avec ses partenaires européens, à ce niveau d’engagement. Il est en revanche envisageable sur des sociétés dont la capitalisation se compte en dizaines de milliards, où quelques centaines de millions d’euros représentent un pourcentage significatif du capital.

Le fait qui résume le dossier

L’Europe a dépensé, dépense et prévoit de dépenser des dizaines de milliards d’euros pour construire des concurrents à des sociétés dont elle aurait pu, pour une fraction de ces sommes, devenir actionnaire. Le pays européen qui a le mieux réussi financièrement dans ces technologies n’y a pas engagé un euro de programme public : il y a investi en bourse.

L’état du droit

Qui détient les participations de l’État

L’Agence des participations de l’État incarne l’État actionnaire et investit en fonds propres dans les entreprises jugées stratégiques par l’État, pour stabiliser leur capital ou les accompagner dans leur développement. Son portefeuille comprend 85 entités, dont 11 sociétés cotées 11.

Ce périmètre est national. L’agence n’a pas vocation à détenir des participations dans des sociétés étrangères cotées, et la Cour des comptes a relevé dans ses observations de juillet 2024 les limites de sa doctrine d’intervention 12.

D’autres investisseurs publics français détiennent des actions étrangères, notamment la Caisse des dépôts et le Fonds de réserve pour les retraites, mais au titre d’une gestion financière de long terme et non d’une politique technologique.

Ce qui n’existe pas

Aucun véhicule public français n’a pour mandat de prendre des participations dans les sociétés étrangères qui dominent une technologie, ni de rendre compte au Parlement de ce qu’il en obtient.

Aucune règle n’impose d’évaluer l’écart technologique avant d’ouvrir un programme public destiné à le combler, ni de constater après coup s’il a été réduit.

Aucune procédure n’organise l’arbitrage entre les deux voies, financer un concurrent ou acheter une part du vainqueur, alors que ces deux emplois se disputent les mêmes crédits.

Le point de blocage

Il n’est pas juridique. Rien n’interdit à un investisseur public français d’acheter des actions cotées à New York ou à Shanghai, sous réserve des règles de contrôle des investissements du pays d’accueil et, pour la Chine, des dispositifs européens de suivi des investissements sortants.

Il est doctrinal. L’État français conçoit l’intervention en capital comme un instrument de politique industrielle nationale, ce qui exclut par construction l’achat de titres étrangers. Et il conçoit le retard technologique comme un défi à relever, ce qui exclut par construction l’hypothèse qu’il puisse ne pas l’être.

Ce qui se fait ailleurs

Le modèle est norvégien et il est documenté, ce qui est rare.

Le fonds souverain norvégien détient en moyenne 1,5 % de toutes les sociétés cotées du monde, réparties sur environ 7 100 entreprises 3. Il ne peut dépasser 10 % des droits de vote d’une société 4. Il vote à toutes les assemblées générales et exerce son influence par le vote et le dialogue, en actionnaire minoritaire 5. Il a dégagé 184 milliards de dollars de bénéfice sur un exercice et détient une participation dans SpaceX 6.

Ce que ce modèle démontre est double, et les deux enseignements comptent autant l’un que l’autre. Il démontre qu’un État européen peut capter une part substantielle de la valeur créée par les technologies qu’il ne maîtrise pas. Il démontre aussi que cette position ne confère pas de pouvoir de direction sur les entreprises concernées, et que le plus gros investisseur souverain du monde ne le prétend pas.

D’autres fonds souverains obtiennent, eux, des sièges au conseil d’administration. Ils le font en prenant des participations concentrées et négociées, souvent dans des sociétés de taille moyenne, et non par accumulation de positions minoritaires sur les plus grandes capitalisations. La fiche retient cette distinction dans sa proposition.

La proposition

Trois mesures, dont la première est un renoncement et la deuxième un redéploiement.

Premier geste, cesser d’ouvrir des programmes de rattrapage sans avoir mesuré l’écart. Aucun programme public nouveau visant à faire émerger un concurrent européen dans un segment technologique ne peut être engagé sans une évaluation publiée de l’écart avec les acteurs dominants, portant sur les parts de marché, le niveau d’investissement privé comparé et le délai estimé de rattrapage. Lorsque cette évaluation conclut que l’écart n’est pas rattrapable dans un horizon de dix ans, l’engagement du programme requiert une autorisation expresse du Parlement.

Ce n’est pas une interdiction, c’est une obligation de le dire. Un programme peut être décidé en conscience de son caractère perdu, pour des raisons de souveraineté ou d’emploi ; ce qui n’est plus possible, c’est de le présenter comme un rattrapage sans jamais mesurer l’écart.

Une exception est nécessaire et elle est nommée : l’accès autonome à l’espace pour les satellites militaires et de renseignement. Confier à une société étrangère la mise en orbite des moyens de renseignement français n’est pas un choix industriel, c’est un choix de dépendance, et il n’entre pas dans le champ de cette fiche.

Deuxième geste, un fonds de participations dans les sociétés dominantes cotées. Les crédits libérés par le premier geste alimentent un fonds public chargé d’acquérir des participations minoritaires dans les sociétés cotées qui dominent les segments technologiques concernés, aux États-Unis et, sous réserve des règles européennes de suivi des investissements sortants, en Chine.

Le fonds est un investisseur financier. Il ne peut détenir plus de 10 % des droits de vote d’une société, reprise de la règle norvégienne. Il vote à toutes les assemblées générales et publie ses votes.

Il vise un siège au conseil d’administration là où la capitalisation le permet, et la fiche le dit sans détour : ce n’est pas le cas des plus grandes sociétés, où même l’intégralité du fonds ne représenterait pas un pourcentage significatif du capital. C’est en revanche le cas de sociétés dont la capitalisation se compte en dizaines de milliards, où une participation négociée peut ouvrir une représentation.

Troisième geste, obtenir des implantations européennes, par le bon levier. L’objectif d’obtenir que ces sociétés implantent des filiales, des usines ou des centres de recherche en Europe est légitime et il est le plus utile des trois. Mais il ne s’obtient pas par la détention d’actions.

Un actionnaire minoritaire ne décide pas d’une implantation industrielle. Ce qui la décide est l’accès à un marché de quatre cent cinquante millions de consommateurs, la disponibilité d’une électricité abondante et pilotable, et le régime fiscal et réglementaire applicable. Le fonds sert ici de point de contact et de signal, non de levier de décision. La fiche préfère l’écrire que de laisser croire qu’une participation de 1 % ferait construire une usine.

Ce que la réforme coûte

La proposition est neutre pour le budget de l’État, puisqu’elle redéploie des crédits existants au lieu d’en créer. Elle n’annonce aucune économie et ne promet aucun rendement.

Elle comporte un risque financier réel, qu’il faut nommer plutôt que minimiser. Un placement en actions peut perdre de la valeur, et l’entrée d’un investisseur public au moment où les valorisations technologiques atteignent des niveaux historiques est le point d’entrée le plus défavorable qui soit. Le bénéfice record du fonds norvégien est autant un avertissement qu’un argument : il mesure le chemin déjà parcouru par les cours, non celui qui reste.

La réponse à ce risque n’est pas de le nier mais de l’étaler : acquisition progressive sur plusieurs années, répartition entre plusieurs sociétés et plusieurs segments, absence de tout objectif de rendement à court terme.

Un second coût est politique et il est certain. Renoncer publiquement à rattraper est un acte qu’aucun gouvernement n’a posé, et qui sera présenté comme une capitulation.

Objections prévisibles

« C’est renoncer, et un pays ne se gouverne pas par le renoncement. »

La fiche ne propose pas de renoncer à agir, elle propose de cesser une action dont personne ne mesure le résultat. L’Europe finance depuis quinze ans des programmes de rattrapage dont aucun ne s’accompagne d’un indicateur d’écart, ni avant ni après. Continuer sans mesurer n’est pas de la volonté, c’est de l’habitude. Et le premier article proposé n’interdit rien : il exige que l’écart soit chiffré et, s’il n’est pas rattrapable, que le Parlement l’autorise en connaissance de cause.

« Le siège au conseil est une illusion, donc la proposition est vide. »

L’objection porte, sur les plus grandes capitalisations, et la fiche l’admet explicitement plutôt que de la contourner : le plus grand fonds souverain du monde n’en obtient pas. Mais la participation garde deux effets qui ne dépendent pas du siège. Elle capte une part de la valeur créée, ce qu’aucun programme de rattrapage n’a fait. Et elle ouvre le droit de vote en assemblée générale, que la Norvège exerce systématiquement et que la France n’exerce nulle part.

« Investir l’argent public français dans des sociétés américaines et chinoises, c’est financer nos concurrents. »

L’objection se retourne. Ces sociétés n’ont besoin ni de l’argent français ni de l’argent norvégien : elles lèvent sans difficulté sur les marchés. Acheter leurs actions ne les finance pas davantage, cela transfère un titre d’un porteur à un autre. Ce qui change est de quel côté se trouve le dividende.

« Et si la bulle éclate ? »

Alors le fonds perdra de la valeur, et il faudra le dire. Mais la comparaison pertinente n’est pas entre un placement risqué et un placement sûr : elle est entre un placement risqué et un programme de rattrapage dont la valeur terminale est nulle par construction lorsqu’il échoue. Un portefeuille d’actions qui perd la moitié de sa valeur vaut encore la moitié. Un lanceur qui n’a pas trouvé son marché ne vaut rien.

« Cela ne crée aucun emploi en Europe. »

C’est exact, et c’est la limite la plus sérieuse de la proposition. Elle capte de la valeur financière, elle ne crée pas de capacité industrielle. C’est la raison pour laquelle la fiche traite séparément la question des implantations et refuse de faire croire que la détention d’actions y suffirait : l’implantation s’obtient par l’accès au marché, l’énergie et la règle fiscale, qui relèvent d’autres décisions.

La traduction législative

L’essentiel de cette proposition ne requiert pas de loi, et il faut le souligner. La décision d’acquérir des titres cotés relève de la gestion, et le redéploiement de crédits relève de la loi de finances. Les trois articles ci-dessous ne portent donc que sur ce qui doit être inscrit dans la loi pour ne pas être abandonné silencieusement : le mandat du fonds, la condition posée aux programmes de rattrapage et le compte rendu au Parlement.

Exposé des motifs

La contribution française à l’Agence spatiale européenne passe de 3,2 à 3,6 milliards d’euros pour la période 2026-2028, dans un budget d’agence porté de 16,9 à 22 milliards. La constellation IRIS² mobilise 2,4 milliards de l’Union, 600 millions de l’Agence et 300 millions de la France. Le volet intelligence artificielle de France 2030 représente près de 2,5 milliards d’euros, et l’initiative européenne InvestAI annonce 200 milliards sur cinq ans, dont 20 milliards pour quatre à cinq usines de calcul.

Aucun de ces engagements n’est accompagné d’une mesure publiée de l’écart qu’il vise à réduire, ni d’un critère permettant de constater un jour qu’il l’a été.

Dans le même temps, les sociétés qui dominent ces segments sont devenues accessibles. SpaceX est cotée depuis juin 2026, Unitree depuis août 2026. Un investisseur public peut désormais en acquérir des parts sans négociation ni autorisation de leurs dirigeants.

Un État européen a fait ce choix depuis longtemps. Le fonds souverain norvégien détient en moyenne 1,5 % de toutes les sociétés cotées du monde, réparties sur environ 7 100 entreprises, a dégagé 184 milliards de dollars de bénéfice sur un exercice, et détient une participation dans SpaceX. Il n’a financé aucun programme de rattrapage.

Ce modèle doit être présenté avec ce qu’il comporte de limites. Le mandat norvégien plafonne la détention à 10 % des droits de vote, le fonds se définit comme un investisseur financier, et son moyen d’action est le vote en assemblée générale, non la présence au conseil. Le plus grand fonds souverain du monde n’obtient pas de siège dans les plus grandes capitalisations. La France, avec un portefeuille qui atteindrait de l’ordre de 12 milliards d’euros en dix ans, n’en obtiendra pas davantage sur celles-ci. Elle peut en obtenir sur des sociétés de taille intermédiaire, et c’est là que l’objectif garde un sens.

Les trois articles proposés tirent les conséquences de ce constat. Le premier crée le fonds et fixe son mandat, en reprenant le plafond norvégien et en imposant l’exercice public des droits de vote. Le deuxième subordonne l’engagement d’un programme de rattrapage à la publication d’une mesure de l’écart et, lorsque cet écart n’est pas rattrapable en dix ans, à une autorisation expresse du Parlement, sous réserve des programmes concourant à l’accès autonome à l’espace pour les besoins militaires. Le troisième organise le compte rendu annuel : portefeuille, votes, représentations obtenues, implantations, et suivi de l’écart pour chaque programme en cours.

Aucune de ces dispositions n’interdit un programme, ne réduit un crédit ni ne transfère une compétence. Elles imposent de mesurer avant de dépenser, et elles ouvrent une voie que la France n’a jamais empruntée : détenir une part de ce qu’elle ne sait pas produire.


Article 1er

Il est inséré, dans le code monétaire et financier, un article ainsi rédigé :

« I. – Il est créé un fonds de participations technologiques, chargé d’acquérir et de gérer des participations minoritaires dans des sociétés cotées exerçant une position dominante dans un segment technologique, quel que soit leur pays de cotation.

« II. – Le fonds agit en investisseur financier. Il ne peut détenir plus de 10 % des droits de vote d’une même société, ni exercer sur elle un contrôle au sens de l’article L. 233-3 du code de commerce.

« III. – Le fonds exerce ses droits de vote dans toutes les assemblées générales des sociétés dont il est actionnaire et rend publics les votes exercés.

« IV. – Les acquisitions du fonds sont réalisées de manière échelonnée et réparties entre plusieurs sociétés et plusieurs segments technologiques. »

Portée : le II est la disposition essentielle et elle est reprise du mandat norvégien. Un fonds public autorisé à prendre le contrôle d’une société étrangère se heurterait immédiatement aux dispositifs de contrôle des investissements du pays d’accueil et transformerait un placement en litige diplomatique. Le III fait de ce qui est possible un usage réel : la Norvège vote à toutes les assemblées, la France ne le fait nulle part. Le IV est la seule protection disponible contre le risque de point d’entrée.

Article 2

Il est inséré, dans le même code, un article ainsi rédigé :

« I. – L’engagement d’un programme public visant à faire émerger un concurrent français ou européen dans un segment technologique est précédé de la publication d’une évaluation de l’écart existant avec les acteurs dominants de ce segment, portant sur les parts de marché, les niveaux d’investissement comparés et le délai estimé de réduction de cet écart.

« II. – Lorsque l’évaluation conclut que l’écart n’est pas susceptible d’être réduit dans un délai de dix ans, l’engagement du programme est autorisé par une disposition expresse de la loi de finances.

« III. – Le I n’est pas applicable aux programmes concourant à l’accès autonome de la France à l’espace pour ses besoins militaires et de renseignement, ni à ceux qui relèvent de la dissuasion. »

Portée : l’article n’interdit aucun programme et ne substitue le jugement de personne à celui du Gouvernement. Il impose de produire un chiffre avant de dépenser, et de faire autoriser par le Parlement les programmes dont on sait qu’ils ne rattraperont pas. Le III est la réserve de souveraineté, sans laquelle la proposition conduirait à confier à un opérateur étranger la mise en orbite des satellites de renseignement français.

Article 3

Il est inséré, dans le même code, un article ainsi rédigé :

« Le Gouvernement remet chaque année au Parlement, et rend public sous forme électronique réutilisable, un rapport présentant la composition du portefeuille du fonds mentionné à l’article premier, sa valeur, les mouvements de l’exercice, les votes exercés en assemblée générale, les représentations obtenues au sein des organes sociaux, ainsi que les implantations industrielles ou de recherche réalisées en Europe par les sociétés concernées.

« Le rapport présente également, pour chaque programme public de rattrapage en cours, l’évolution de l’écart mesuré selon les modalités prévues à l’article précédent. »

Portée : le second alinéa est celui qui donne son sens à l’ensemble. Sans suivi de l’écart dans le temps, la mesure préalable prévue à l’article 2 serait une formalité produite une fois puis oubliée. Avec lui, le Parlement dispose chaque année de la comparaison entre les deux emplois possibles du même euro : le programme et la participation.

Sources

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