Un collégien sur vingt est en situation de harcèlement, deux fois plus qu’à l’école ou au lycée, et la moitié des élèves de 15 ans déclarent du bruit et du désordre dans la plupart des cours. L’école primaire a des séances d’empathie depuis 2024, avec un kit officiel, et les écoles qui les font régulièrement voient les violences baisser. Le collège n’a rien de tel. Cette fiche propose six séances par an en sixième et en cinquième, prises sur les dix heures de vie de classe déjà prévues, avec le kit déjà écrit, animées par le professeur principal, et mesurées par le questionnaire de harcèlement que les élèves remplissent déjà chaque année. Aucune heure, aucun poste, aucun outil nouveau.
Pourquoi le faire tient en deux chiffres : 5 % des collégiens sont en situation de harcèlement, deux fois plus qu’à l’école et qu’au lycée, et la moitié des élèves de 15 ans disent qu’il y a du bruit et du désordre dans la plupart de leurs cours. L’école primaire a une réponse depuis 2024, les séances d’empathie ; le collège, là où le problème est le plus fort, n’en a pas. Comment le faire tient en une phrase : avec les heures, le kit et le questionnaire qui existent déjà.
Le constat
Le harcèlement culmine au collège. En novembre 2024, tous les élèves du CE2 à la terminale ont rempli le questionnaire d’auto-évaluation du harcèlement : 3 % des écoliers, 5 % des collégiens et 3 % des lycéens sont en situation de harcèlement, avec des signaux de vulnérabilité chez 18 %, 7 % et 5 % d’entre eux 1. PISA 2022 mesure le climat de classe : un élève français de 15 ans sur deux déclare du bruit et du désordre dans la plupart ou la totalité des cours, contre 30 % dans l’OCDE 2.
Le primaire a une réponse, et elle marche quand on la fait. Depuis la rentrée 2024, les écoles maternelles et élémentaires font des séances d’empathie, avec un kit ministériel en trois volumes qui détaille seize compétences psychosociales, de la gestion des émotions à la coopération 3. Le bilan de l’expérimentation de 2024, sur 467 écoles et 10 842 élèves, est déclaratif mais net : 47 % des écoles ont vu le nombre de situations de violence baisser, moins de 1 % l’ont vu augmenter, et la baisse est constatée dans 100 % des écoles qui faisaient au moins deux séances par semaine 4. Plus on en fait, plus cela marche.
Le collège n’a rien de dédié. L’Inspection générale constate en octobre 2025 que les compétences psychosociales, « alors même qu’elles occupent une place de premier plan dans le discours, demeurent dans les faits encore trop souvent en marge des préoccupations des établissements » 5. La feuille de route publiée par le ministère en avril 2026 veut les « généraliser dans toutes les classes », en approche transversale, c’est-à-dire sans séance ni horaire identifiés au collège 3. Le programme pHARe, obligatoire dans chaque collège, organise le traitement des situations de harcèlement une fois qu’elles existent ; il ne prévoit pas de séances régulières pour tous les élèves 6.
L’état du droit
L’enseignement moral et civique a pour objet, à l’article L. 312-15 du code de l’éducation, de développer le respect des autres et un « comportement réfléchi » 7. L’arrêté du 19 mai 2015 sur l’organisation des enseignements au collège prévoit, en plus des horaires disciplinaires, « au moins dix heures annuelles de vie de classe » 8. Ces dix heures existent dans chaque classe de chaque collège ; elles n’ont pas de contenu obligatoire. La circulaire du 2 février 2024 impose la labellisation pHARe de tous les établissements et la formation de tous les personnels d’ici la rentrée 2027 6. L’esprit critique et l’éducation aux médias, qui relèvent de l’enseignement moral et civique, font l’objet d’une proposition distincte ; la présente fiche ne touche pas aux heures d’EMC.
Ce qui se fait ailleurs
Le programme finlandais KiVa fait exactement ce que la fiche propose : des leçons pour tous les élèves, données par les enseignants, et une équipe qui traite les situations signalées. Son premier essai contrôlé, sur plus de 8 000 élèves de 9 à 12 ans dans 78 écoles, a réduit la victimisation déclarée (rapport de cotes 0,68) et les actes de harcèlement (0,82), sur tous les types de harcèlement, verbal, physique ou en ligne 9. Le résultat a été retrouvé aux Pays-Bas, en Italie et au Royaume-Uni, où un essai multicentrique mesure 13 % de victimisation en moins 10. Une limite honnête : ces essais portent surtout sur des élèves de 7 à 12 ans. C’est une raison de commencer par la sixième et la cinquième, et de mesurer.
La proposition
Six séances par an, en sixième et en cinquième. Chaque classe consacre six de ses dix heures de vie de classe à des séances de compétences psychosociales : reconnaître ses émotions, se mettre à la place de l’autre, dire non, intervenir quand un camarade est pris à partie. Le professeur principal les anime avec le kit déjà produit pour le CM2, adapté au collège par le ministère, comme il a été adapté d’un cycle à l’autre en primaire.
Une formation de deux jours pour les professeurs principaux de sixième et de cinquième, dans le plan de formation de tous les personnels que la circulaire de 2024 prévoit déjà d’ici 2027. Pas de discipline nouvelle, pas de poste nouveau, pas d’heure nouvelle.
Le traitement des situations reste celui de pHARe : l’équipe ressource de l’établissement prend en charge les cas signalés, ce que les séances rendent plus fréquent, parce que les élèves apprennent à parler.
On mesure avec ce qu’on a. Le questionnaire d’auto-évaluation du harcèlement est déjà rempli chaque novembre par tous les collégiens et exploité par la DEPP 1. Il suffit de comparer, collège par collège, avant et après, et entre les collèges qui font les six séances et ceux qui ne les font pas encore. La mesure est publiée chaque année ; l’extension à la quatrième et à la troisième en dépend.
Objections prévisibles
« Les compétences psychosociales sont un discours qui ne se traduit pas en pratiques. »
C’est ce que dit l’Inspection générale, et c’est ce que la fiche corrige : un créneau fixe, un support fourni, un animateur désigné, une mesure annuelle. Le primaire a montré que l’effet dépend de la régularité, pas du discours.
« Les heures de vie de classe servent déjà à autre chose. »
À l’orientation, aux règles de vie, aux conflits du moment : ce sont les mêmes objets. Six heures sur dix, avec un support, valent mieux que dix heures sans.
« Ce n’est pas le rôle de l’école, mais des familles. »
Le harcèlement a lieu dans l’établissement, entre élèves, et le législateur en a fait un délit en 2022 11. Apprendre à des enfants de onze ans à ne pas s’y associer relève de l’école, comme le reste de la vie en classe.
La traduction législative
Exposé des motifs
Un collégien sur vingt est en situation de harcèlement, deux fois plus qu’à l’école et au lycée. L’école primaire dispose depuis 2024 de séances d’empathie et d’un kit officiel ; là où elles sont faites régulièrement, les violences baissent. Le collège n’a ni séance ni horaire identifiés, et l’Inspection générale constate que les compétences psychosociales y restent en marge des pratiques.
Le présent texte n’ajoute ni heure, ni discipline, ni poste. Il affecte six des dix heures annuelles de vie de classe, en sixième et en cinquième, à des séances animées par le professeur principal avec le kit existant, et fait mesurer leur effet par le questionnaire de harcèlement que les élèves remplissent déjà chaque année. C’est ce que fait la Finlande depuis quinze ans avec des résultats mesurés, et ce que le primaire français fait depuis deux ans.
Article unique
L’article L. 312-15 du code de l’éducation est complété par un alinéa ainsi rédigé :
« Au collège, les heures de vie de classe prévues par l’organisation des enseignements comprennent, en classes de sixième et de cinquième, au moins six séances annuelles consacrées au développement des compétences psychosociales et à la prévention du harcèlement, animées par le professeur principal à partir des ressources mises à disposition par le ministère chargé de l’éducation nationale. Les résultats du questionnaire annuel d’auto-évaluation du harcèlement sont publiés, par établissement, avant et après la mise en place de ces séances, et l’extension aux autres niveaux est décidée au vu de ces résultats. »
Portée : la loi fixe le créneau, le nombre de séances, l’animateur et la mesure ; tout le reste existe.
Sources
- 1. DEPP, note d’information n° 25.43, « Journée nationale de lutte contre le harcèlement à l’école : résultats de la grille d’auto-évaluation des élèves », juillet 2025 : en novembre 2024, 3 % des écoliers, 5 % des collégiens et 3 % des lycéens en situation de harcèlement, signaux de vulnérabilité chez 18 %, 7 % et 5 %. https://www.education.gouv.fr/sites/default/files/2025-09/depp-ni-2025-43-441348.pdf ↩
- 2. DEPP, notes d’information 23.48 et 23.49, « PISA 2022 », 5 décembre 2023 : un élève français sur deux déclare du bruit et du désordre dans la plupart ou la totalité des cours, contre 30 % dans l’OCDE. https://www.education.gouv.fr/depp/pisa-2022-culture-scientifique-comprehension-de-l-ecrit-et-vie-de-l-eleve-380208 ↩
- 3. Éduscol, « Développer les compétences psychosociales chez les élèves » : séances d’empathie généralisées à l’école depuis la rentrée 2024, kit ministériel en trois volumes et seize compétences ; feuille de route et note de cadrage d’avril 2026 visant à généraliser un enseignement « explicite, progressif et intégré » dans toutes les classes. https://eduscol.education.gouv.fr/4677/developper-les-competences-psychosociales-chez-les-eleves ↩
- 4. Éduscol, « Bilan de l’expérimentation des cours d’empathie à l’École », 2024 : 467 écoles de 20 académies, 10 842 élèves ; 47 % des écoles ont vu diminuer les situations de violence, moins de 1 % augmenter, 100 % de celles pratiquant au moins deux séances par semaine. https://eduscol.education.gouv.fr/sites/default/files/document/bilan-de-lexperimentation-empathiepdf-107763.pdf ↩
- 5. Inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche, « Les compétences psychosociales : une exigence pour soutenir la promesse émancipatrice de l’école républicaine », rapport n° 24-25 108B, octobre 2025 : compétences « encore trop souvent en marge des préoccupations des établissements », quatorze recommandations dont un texte de cadrage national. https://www.education.gouv.fr/sites/default/files/document/les-comp-tences-psychosociales-une-exigence-pour-soutenir-la-promesse-mancipatrice-de-l-cole-r-publicaine-481052.pdf ↩
- 6. Ministère de l’Éducation nationale, circulaire du 2 février 2024, « Lutter contre le harcèlement à l’école, une priorité absolue » : programme pHARe obligatoire dans tous les établissements, équipes ressources, formation de tous les personnels d’ici la rentrée 2027. https://www.education.gouv.fr/bo/2024/Hebdo6/MENE2403161C ↩
- 7. Code de l’éducation, article L. 312-15 : enseignement moral et civique. https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000045292525 ↩
- 8. Arrêté du 19 mai 2015 relatif à l’organisation des enseignements dans les classes de collège, annexe 1 : « au moins 10 heures annuelles de vie de classe » en plus des horaires disciplinaires. https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/LEGITEXT000030615282/ ↩
- 9. Kärnä et al., essai contrôlé randomisé du programme KiVa, Finlande, plus de 8 000 élèves de 9 à 12 ans dans 78 écoles : réduction de la victimisation déclarée (rapport de cotes 0,68) et des actes de harcèlement (0,82) ; synthèse du dispositif et des résultats. https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC7305088/ ↩
- 10. Réplications : Pays-Bas (98 écoles, 4 383 élèves) https://link.springer.com/article/10.1007/s11121-020-01116-4 ; Italie (tailles d’effet de 0,24 à 0,40) https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/27488457/ ; Royaume-Uni, essai multicentrique, 13 % de victimisation en moins https://www.cambridge.org/core/journals/psychological-medicine/article/effects-and-costs-of-an-antibullying-program-kiva-in-uk-primary-schools-a-multicenter-cluster-randomized-controlled-trial/68927DF33AAE39DADF559EE85EAA68F0 ↩
- 11. Loi n° 2022-299 du 2 mars 2022 visant à combattre le harcèlement scolaire, article 4 : délit de harcèlement scolaire (article 222-33-2-3 du code pénal). https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000045287667 ↩
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