La protection sociale en France et en Europe

La France consacre à sa protection sociale une part de sa richesse plus élevée qu’aucun autre pays de l’Union européenne. Ce fait est souvent cité, rarement détaillé. Cette page rassemble les séries qui permettent de le situer : ce que la France dépense, pour quels risques, qui le finance, et ce que cela produit lorsqu’on regarde le seul indicateur qui compte du point de vue de l’assuré, ce qui reste à sa charge.

Toutes les données sont publiques. Les comparaisons européennes viennent d’Eurostat, les séries françaises des comptes de la protection sociale de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques.

Cette page constate, elle ne propose pas. Ce que le site propose à partir de ces constats, sur le premier des risques, est réuni dans le dossier « Réformer l’assurance maladie ».

932,5milliards d’euros de prestations sociales versées en France en 2024
31,9pour cent du produit intérieur brut, le niveau le plus élevé de l’Union européenne
13 650euros de prestations par habitant et par an

Le premier pays de l’Union européenne

L’indicateur retenu est celui des prestations de protection sociale, seul agrégat pour lequel les comptes français et les comptes européens coïncident exactement. Il exclut les frais de gestion, qui représentent environ quatre points de la dépense totale.

France31,5 %
Finlande31,3 %
Autriche29,7 %
Allemagne28,7 %
Danemark28,0 %
Italie27,9 %
Belgique27,5 %
Suède27,2 %
Pays-Bas25,8 %
Espagne24,7 %
Grèce23,3 %
Slovénie22,8 %
Portugal22,5 %
Pologne22,2 %
Luxembourg22,1 %
Tchéquie20,1 %
Croatie19,9 %
Slovaquie19,5 %
Bulgarie18,9 %
Chypre18,8 %
Lettonie17,7 %
Estonie16,9 %
Lituanie16,6 %
Hongrie16,6 %
Roumanie16,3 %
Malte13,1 %
Irlande12,2 %

Trait de repère : moyenne de l’Union européenne, 26,7 %. Le produit intérieur brut irlandais étant gonflé par les actifs incorporels des multinationales qui y sont domiciliées, la dernière ligne du classement n’est pas comparable aux autres.

L’écart avec la moyenne européenne est de près de cinq points de produit intérieur brut. Rapporté à l’économie française, un point représente de l’ordre de trente milliards d’euros.


Une progression par paliers, depuis 1959

La part de la protection sociale dans la richesse nationale a plus que doublé en soixante ans. Elle n’a pas progressé régulièrement : elle monte par marches, à chaque récession, parce que la production recule plus vite que les prestations ne ralentissent. Les traits verticaux marquent les quatre décrochages, 1975, 1993, 2009 et 2020. Déplacez le curseur pour lire une année.

10 %15 %20 %25 %30 %35 %19601970198019902000201020201975, Premier choc pétrolier1993, Récession2009, Crise financière2020, Pandémie
2024

En 2024, les prestations de protection sociale représentent 31,9 % du produit intérieur brut.

Le maximum absolu est atteint en 2020, à 35,45 % du produit intérieur brut, quand la production a reculé de 7,8 % en volume. La descente qui suit ne traduit donc pas une baisse des prestations, qui ont continué d’augmenter, mais le retour de la croissance au dénominateur.


Pour quels risques

Deux risques concentrent 82 % des prestations. Aucune réforme de gestion, aucune économie de fonctionnement ne déplace cet équilibre : il se modifie par la démographie et par la loi.

Vieillesse et survie426,7 Md€45,8 %
retraites de droit direct et pensions de réversion
Santé338,9 Md€36,3 %
maladie, invalidité, accidents du travail
Famille65,8 Md€7,1 %
prestations familiales, accueil du jeune enfant
Emploi51,1 Md€5,5 %
chômage, insertion et réinsertion professionnelle
Pauvreté et exclusion34,0 Md€3,6 %
revenu de solidarité active, prime d’activité
Logement16,1 Md€1,7 %
aides personnelles au logement

La comparaison européenne montre que la France n’est pas atypique par sa structure mais par son niveau. Vieillesse et santé y pèsent 75,1 % des prestations, contre 76,5 % dans l’Union. Ses écarts réels sont ailleurs : elle consacre au chômage 5,5 % de ses prestations contre 3,9 % en moyenne européenne, à la lutte contre l’exclusion 4,0 % contre 2,5 %, et à la famille 7,1 % contre 8,7 %.

Répartition des prestations par fonction, en pourcentage du total, 2023
PaysVieillesseSurvieMaladie et santéInvaliditéFamilleChômageLogementExclusion
Union européenne41,45,629,67,18,73,91,42,5
France40,24,930,16,57,15,51,84,0
Allemagne36,15,533,37,112,13,32,10,7
Suède45,50,628,69,410,12,51,41,7
Italie50,78,422,15,55,64,30,13,3
Danemark38,60,822,218,211,03,22,04,0

Un avertissement de lecture : ce tableau suit la nomenclature européenne, qui isole l’invalidité. Les comptes français la rangent dans la santé, ce qui explique que le même pays affiche 30,1 % de dépenses de santé ici et 36,3 % dans le graphique précédent. Les deux ventilations ne se juxtaposent pas.


Qui finance, et un basculement passé inaperçu

La protection sociale française était financée par les cotisations. Elle l’est de moins en moins. En 1990, les cotisations sociales représentaient 79,9 % des recettes et les impôts affectés 3,5 %. En 2023, les cotisations sont tombées à 54,7 % et les impôts affectés sont montés à 29,8 %.

0 %20 %40 %60 %80 %1990199820052010201520192023
Cotisations socialesImpôts et taxes affectés

Deux décrochages expliquent l’essentiel du mouvement. Celui de 1998, avec le basculement de la cotisation maladie sur la contribution sociale généralisée, qui déplace sept points en une année. Celui de 2019, avec la compensation des allégements de cotisations par la taxe sur la valeur ajoutée.

Cette évolution place la France dans une position singulière. Elle n’est pas le pays où les cotisations pèsent le moins, loin de là : le Danemark finance sa protection sociale à 75 % par l’impôt. Mais elle est le seul grand pays où la part fiscale passe majoritairement par des impôts affectés plutôt que par le budget général, ce qui est l’empreinte statistique de la contribution sociale généralisée.

Estonie77,3 %
Tchéquie70,7 %
Slovénie70,8 %
Allemagne64,5 %
Pays-Bas59,2 %
Autriche59,3 %
Union européenne56,1 %
France54,7 %
Italie48,3 %
Suède46,8 %
Irlande37,6 %
Danemark19,8 %

Ce que cela donne pour l’assuré : le reste à charge

C’est le résultat le plus contre-intuitif de cette page, et le plus utile au débat public. Quel que soit le jugement porté sur le niveau de la dépense française, La France finance 84,4 % de sa dépense de santé par l’assurance maladie obligatoire et 5,8 % par les complémentaires. Il ne reste directement à la charge des ménages que 9,3 % de la dépense de santé, soit le deuxième taux le plus faible de l’Union européenne, derrière le seul Luxembourg.

Luxembourg8,8 %
France9,3 %
Croatie9,5 %
Allemagne11,1 %
Pays-Bas12,2 %
Slovénie12,4 %
Suède12,7 %
Finlande14,1 %
Danemark14,5 %
Tchéquie14,6 %
Union européenne14,9 %
Autriche16,8 %
Espagne20,9 %
Belgique22,1 %
Italie23,7 %
Portugal29,4 %
Grèce34,3 %
Lettonie35,1 %
Bulgarie35,5 %

Régimes publics et obligatoiresAssurances complémentaires et autres financements volontairesMénages, directement

La moyenne européenne est de 14,9 %. Le reste à charge dépasse 20 % en Belgique, en Italie et en Espagne, 29 % au Portugal, 34 % en Grèce et 35 % en Bulgarie et en Lettonie. Toute proposition française d’augmenter la participation des patients part donc du niveau le plus bas du continent, ce qui ne la disqualifie pas, mais impose de le dire.


Comment les autres protègent les gros consommateurs de soins

Une différence de conception mérite d’être connue, parce qu’elle est presque toujours absente du débat français. La plupart des pays européens font participer le patient à chaque acte, mais plafonnent ce qu’il peut payer dans l’année. La France fait l’inverse : elle exonère par catégories, notamment au titre des affections de longue durée, et ne plafonne pas le ticket modérateur, dont elle laisse la couverture aux complémentaires.

FranceAucun plafond global du ticket modérateur50 € de franchises et 50 € de participations forfaitaires, deux compteurs distincts. Le ticket modérateur lui-même n’est pas plafonné, mais il est couvert par les complémentaires, que 96,6 % de la population détient.
Allemagne2 % du revenu brut du foyerRamené à 1 % pour les malades chroniques graves. Pour les résidents d’établissement relevant de l’aide sociale, le plafond est calculé sur un revenu forfaitaire, soit environ 68 € par an.
BelgiqueDe 270 à 2 194 € selon le revenuLe maximum à facturer, abaissé de 121,90 € lorsqu’un membre du ménage est reconnu malade chronique. En maison de repos et de soins, les prestations du forfait ne donnent lieu à aucun ticket modérateur.
SuèdeEnviron 130 € de soins, 340 € de médicamentsDeux plafonds distincts, sur douze mois glissants et non par année civile. Gratuité totale des soins ambulatoires à partir de 85 ans.
Suisse1 000 francs au plusFranchise annuelle de 300 francs, puis participation de 10 % plafonnée à 700 francs. La contribution journalière hospitalière de 15 francs n’est, elle, pas plafonnée.

Un dernier point de méthode, valable partout : ces plafonds ne protègent que s’ils s’appliquent d’office. Le Danemark applique sa réduction pour malades chroniques directement à la pharmacie, sans démarche, depuis qu’il a constaté qu’environ trente mille patients par an perdaient leurs droits faute de les avoir demandés.


Ce que ces chiffres ne disent pas

Ils mesurent des flux financiers, non des résultats. Une dépense élevée peut traduire une couverture large, une population âgée, un système coûteux, ou les trois. Rien ici ne permet de conclure sur la qualité des soins, l’accès effectif ou le niveau de vie des retraités.

Le dénominateur compte autant que le numérateur. Une part dans le produit intérieur brut monte quand la production recule, sans qu’aucune dépense n’ait augmenté. C’est ce qui s’est produit en 1975, en 1993, en 2009 et en 2020, et c’est la raison pour laquelle cette page présente aussi les montants en euros.

Les périmètres nationaux diffèrent, malgré l’harmonisation européenne. Le produit intérieur brut irlandais est gonflé par les actifs incorporels des multinationales, ce qui rend sa dernière place sans signification. Les comptes slovènes de la santé présentent en 2024 une rupture de série liée au remplacement des complémentaires obligatoires par une contribution publique.

Enfin, ces séries ne disent rien de la soutenabilité. Elles décrivent ce qui est versé, pas ce qui est finançable durablement, ni par qui.


Sources. Eurostat, système européen de statistiques intégrées de la protection sociale, tables spr_exp_type, spr_exp_func et spr_rec_sumt, données 2023, consultables ici ; Eurostat, comptes de la santé, table hlth_sha11_hf, données 2023, ici ; structure des recettes ici. Pour la France, DREES, La protection sociale en France et en Europe en 2024, édition 2025, vue d’ensemble, et le jeu de données ouvert des comptes de la protection sociale, qui couvre les années 1959 à 2024. Les rapports au produit intérieur brut antérieurs à 1990 sont calculés par nos soins ; la méthode reproduit exactement la série publiée par Eurostat sur 1990-2023, ce qui la valide.